Cette interview d’Adrien Coussa, Directeur général d’Abraxio, a été initialement diffusée dans le dossier d’Archimag consacré à « La digitalisation du secteur public. Comment l’administration pilote sa transformation digitale ? » (avril 2025)
Quels sont les enjeux en termes de DSI au sein du secteur public ?
Le secteur public n’est pas un ensemble de structures homogènes en termes de moyens, mais certaines problématiques sont communes à toutes les DSI. Le premier enjeu est celui du repositionnement de la fonction DSI : au-delà du rôle technique, elles doivent s’imposer comme pilotes de la transformation numérique.
La modernisation des SI est impérative pour répondre aux attentes des usagers et aux obligations réglementaires. Dématérialisation, simplification des parcours et optimisation des services publics sont au cœur des priorités pour une administration plus efficace et performante, malgré des contraintes budgétaires et réglementaires de plus en plus fortes.
Le besoin en recrutement et la fidélisation des talents IT qui en découle constituent un défi majeur dans un marché tendu et avec une concurrence du privé plus rémunératrice.
Pour répondre à cet attendu de modernisation, l’évolution des infrastructures est vécue comme critique : en jeu, un patrimoine technologique hétérogène et vieillissant, une dépendance aux éditeurs historiques, une mutualisation et une interopérabilité indispensables, et le renforcement de la cybersécurité face à des menaces constantes.
En perspective, l’adaptation des moyens de pilotage des ces ressources (humaines, budgétaires ou technologiques) est devenue clé pour favoriser les arbitrages, la prise de décision et inscrire les actions dans une vision long terme.
De quel accompagnement les collectivités ont-elles besoin ?
Trois axes sont essentiels :
- Avant tout, un appui au pilotage stratégique, pour aider à structurer les feuilles de route, prioriser les investissements et moderniser les infrastructures.
- Ensuite, l’accompagnement à la conduite du changement : cadrage des besoins, acculturation aux méthodes et nouveaux usages, formation des agents et élus, structuration des moyens de pilotage dans des cycles décisionnels complexes.
- Enfin, l’optimisation des ressources et budgets (mutualisation d’outils, rationalisation de la relation fournisseurs, …) pour plus d’efficacité et de maîtrise des coûts.
En filigrane, l’objectif est d’insuffler plus d’agilité sans renier les spécificités du secteur public.
Les systèmes d’information du secteur public sont-ils à niveau pour affronter le défi de l’IA ?
Pas encore sur le plan technologique, mais l’enjeu est ailleurs. Contrairement aux idées reçues, l’IA ne nécessite pas obligatoirement des infrastructures massives, et des solutions souveraines existent déjà. Les défis sont surtout éthiques, réglementaires (hébergement des données et modèles), fonctionnels (cas d’usages concrets pour améliorer les services, les conditions de travail, l’efficacité) et stratégiques dans le rapport au temps : ce n’est pas prendre le train en retard que d’investir des fonds publics au bon moment, autrement dit pour une technologie stabilisée, dès que sa création de valeur est avérée.
Avant de se lancer, le secteur public doit moderniser ses SI, assurer leur interopérabilité et structurer la gouvernance des données. Le rôle des DSI est donc d’évangéliser, de préparer le terrain pour intégrer l’IA de manière pertinente, à coûts maîtrisés et durables.

Adrien Coussa
– Directeur général d’Abraxio




