Ces dernières années, plusieurs études successives – vérifiées par la pratique – montrent une tendance à l’infidélité de la part des collaborateurs dans le secteur IT. Les bons profils sont plus durs à trouver, à recruter et à fidéliser. Les taux de turnover sont de plus en plus importants, ce qui implique un coût caché du travail non négligeable pour les entreprises et un vrai risque de désorganisation pour une équipe.
Face à toutes ces données, le Directeur des Systèmes d’Information (DSI) occupe au sein de sa Direction une position stratégique en tant que manager, orchestrant ses équipes et la technologie, pour répondre aux besoins de sa structure. Ce rôle va au-delà de la simple gestion des tâches et des infrastructures informatiques, impliquant la délégation efficace des responsabilités et la garantie du respect des normes technologiques dans toute l’entreprise.
Quelles sont les caractéristiques d’un management performant de DSI ?
- L’importance des softskills
Il n’est pas question ici de dresser le portrait robot d’un bon manager. Chaque personne est différente et s’adapte en bonne intelligence à l’équipe et à l’organisation qu’elle supervise.
Néanmoins, avec l’avènement du numérique et sa place centrale au sein même des entreprises, une transition s’est opérée et le rôle de la Direction Informatique a pris une importance considérable ces dernières années. Devenu plus que jamais stratégique, le DSI est désormais partie intégrante des décisions structurelles et business de son entreprise, et par voie de conséquence, son équipe également. Au-delà de la simple gestion du parc informatique, il devient désormais un acteur clé de la définition de la stratégie IT, en conformité avec l’axe global adopté par la société. Ainsi, faire preuve de diplomatie et d’un minimum d’empathie, voire de sens politique, devient nécessaire pour être en cohérence avec ce nouveau rôle au sein de l’organisation et ce pouvoir important qui lui est attribué, à l’interface de nombreux services.
- La gestion du changement
Une organisation est en mouvement permanent. Le DSI doit apporter à son entreprise des informations précieuses sur l’innovation technologique et les grands défis à relever. Sa veille doit être continue pour lui permettre d’anticiper les ruptures technologiques, les nouvelles tendances, aussi bien que les méthodes de gestion innovantes pour l’organisation et le travail de ses équipes. Ses idées peuvent apporter de vrais bénéfices économiques, techniques et organisationnels à son entreprise.
Par ailleurs, il doit se positionner en agent du changement. Les freins et les blocages sont humains et normaux au sein de toute entité. À lui d’user de ses atouts en communication et en pédagogie pour expliquer, sensibiliser et intégrer cette transition et ce mouvement continus dans son management.
Enfin, il est aussi essentiel pour un DSI de savoir repérer les nouveaux métiers et technologies émergentes pour permettre à l’entreprise et à ses équipes de s’adapter rapidement. On l’a vu ainsi avec la quête de ressources qui maitrisent les données ou les questions de sécurité informatique : ces nouveaux métiers et les technologies qui vont avec sont très vite en pénurie. Les recrutements deviennent complexes et coûteux. Plus le DSI anticipe les tendances, mieux sa Direction et à ses côtés, le service Ressources humaines s’adaptent et recrutent les meilleurs talents. Dans cette optique, le Directeur des systèmes d’information est l’expert idéal pour identifier de potentielles futures recrues et piloter, le cas échéant, des formations en interne pour mettre à niveau ses collaborateurs.
En quoi le DSI agit-il comme un chef d’orchestre au sein de son organisation ?
- L’enjeu de la délégation maitrisée
En matière de pilotage et de supervision du Système d’information (SI) en tant que tel, le DSI reste « régalien ». En ce qui concerne le management, son enjeu principal est de libérer au maximum les énergies pour déléguer et descendre la responsabilisation au sein des équipes, notamment vers les managers d’équipes. Le DSI doit ainsi se positionner en véritable chef d’orchestre de sa direction pour intégrer ses parties prenantes dans le co-pilotage. On parle ici d’intelligence collective : le DSI n’est plus le chef suprême, goulet d’étranglement de l’information, des idées et des décisions. La délégation doit être maîtrisée au maximum pour rendre chacun autonome et dynamiser l’organisation. Sa mission ? donner du sens à la stratégie, favoriser les échanges, permettre la confrontation des idées et libérer la parole…. Sans pour autant perdre la capacité à accéder à l’information voulue en temps et en heure.
- Manager en transverse pour assurer la gouvernance de la technologie
Si la maitrise du Système d’Information « pur » reste naturellement dans le giron du DSI, ce dernier est également confronté à la décentralisation de la technologie dans toutes les Directions de l’entreprise, nécessitant un changement de posture.
En effet, la DSI n’a pas le monopole de la digitalisation et la technologie est désormais partout dans l’entreprise, prise en charge par de nombreuses directions. On pense notamment aux experts data, à l’intelligence artificielle, etc. Cependant, le DSI reste naturellement le mieux placé pour maîtriser les tenants et les aboutissants d’une technologie (tels que les risques liés au shadow IT ou au low code par exemple, les questions de sécurité, les impacts budgétaires…). Il a donc un vrai rôle de gouvernance et l’aspect “chef d’orchestre” de la fonction revient ici pour coordonner en interne, mettre en réseau dans différentes directions et animer une démarche en transverse, avec un management non hiérarchique alliant stratégie, « garde-fou » et évangélisation.
Par ailleurs, dans beaucoup de DSI, on retrouve des pôles PMO (management de portefeuille projet) par exemple, avec souvent un double management à gérer. Ce sont souvent des sujets délicats à aborder car cela nécessite une communication et une coordination élaborées entre pôles, services et directions. Au centre de cette organisation se trouve l’enjeu de réussite d’un projet et des personnes qui en dépendent. Le DSI doit donc être garant du bon fonctionnement du management en transverse et faciliter les échanges en interne.
Quelles tendances dans le management d’une DSI aujourd’hui ?
Afin de contrer le turnover, les entreprises doivent parfois mettre en place des actions radicales, même au prix d’une réinvention. Au-delà des considérations purement financières, qui ne suffisent plus à retenir les employés, d’autres leviers peuvent être activés.
Comme un budget, une équipe se pilote, s’optimise, se contrôle. Mais pas de la même manière.
- Définir des objectifs clairs
Pour une délégation efficace, il faut des objectifs clairs et structurés. Même une équipe enthousiaste et talentueuse ne peut maintenir sa motivation, et donc sa performance, indéfiniment sans connaître précisément les finalités de sa mission. Il est donc essentiel de donner le sens et de définir soigneusement les bons objectifs pour stimuler la motivation, rendre autonome et proactif et déléguer au maximum. Selon la méthode SMART, un bon objectif est à la fois ambitieux, réaliste, précis, mesurable et limité dans le temps.
Pour permettre aux collaborateurs d’évaluer leur progression par rapport aux objectifs, il est également crucial de jouer la carte de la transparence en leur fournissant l’accès aux indicateurs clés de performance (KPI) qui les concernent.
- Adopter une communication fluide
Des processus de communication fluides et transparents sont la clé de succès d’une équipe qui fonctionne bien. À cet égard, plusieurs choses peuvent être mises en place facilement pour garantir la transmission et la compréhension des informations, descendantes comme ascendantes. On pense par exemple aux différents rituels qui ponctuent souvent projets informatiques. Libérer la parole pour laisser les éventuelles frustrations s’exprimer et les questions se poser, peut faire évoluer une situation bloquante.
À cette fin, on gagnera à s’appuyer sur des outils qui contribuent à donner le cadre, harmoniser les pratiques et surtout faciliter le partage d’information et la collaboration. Nombre de DSI rapportent ainsi s’appuyer avec succès sur la plateforme Abraxio pour cadrer et animer des réunions d’équipe comme des reportings de projets ou de portefeuilles.
Je constate que la revue de projets est beaucoup plus simple, pertinente et constructive qu’auparavant : on passe vite sur les projets pour lesquels la météo est au beau fixe ; cela permet de s’attarder sur ceux qui demandent plus de discussions ou de questionnement, parce qu’ils sont en retard par exemple.
La disponibilité du DSI est également essentielle. Terminé le manager qui se cache dans son bureau à l’opposé de ses équipes. Un DSI doit être présent, visible et disponible pour ses équipes afin d’accueillir les questions et suggestions. D’ailleurs, un autre point important réside aussi dans la manière de communiquer aux équipes. Les grands discours trop verbeux risquent de perdre l’auditoire. Privilégiez les phrases simples et explicites qui vont à l’essentiel de l’information. Lorsque vous ne savez pas, dites le. Il n’y a rien de pire qu’un manager qui se perd dans un discours langue de bois pour ne pas perdre la face.
- Gérer les compétences et les trajectoires
Un collaborateur qui s’ennuie au travail et qui ne voit aucune perspective d’évolution peut rapidement perdre sa motivation, entraînant une baisse de sa productivité. Il est donc crucial de favoriser l’évolution interne en offrant des opportunités de formation pour développer les compétences et les responsabilités de ceux qui le souhaitent, d’autant plus dans une Direction des Systèmes d’Information au sein de laquelle les compétences et technologiques évoluent très rapidement. Échangez régulièrement avec eux, repérez les tendances et les signes qui se dégagent et faites des points réguliers avec les managers d’équipe de vos services si vous avez une organisation à plusieurs niveaux.
Par ailleurs, travailler en étroite collaboration avec le service Ressources Humaines peut vous permettre d’adapter ou mettre en place un maximum d’outils qui aident votre équipe à évoluer. On pense notamment aux entretiens annuels et aux plans de formations qui sont essentiels pour donner de la visibilité et entretenir le capital compétence de l’équipe informatique.
- Incarner les valeurs
La perception qu’ont les équipes de leur environnement de travail a un impact considérable sur leur niveau de motivation. La confiance accordée compte pour beaucoup également. Il est donc essentiel de mettre en œuvre des actions visant à favoriser leur bien-être et leur épanouissement professionnel. Selon la culture et les règles en vigueur dans l’organisation, cela peut inclure la flexibilité des horaires ou l’encouragement à la créativité, etc. Si vous craignez les abus, sachez que, bien que présents, ils restent néanmoins marginaux dans une équipe saine. En effet, la confiance accordée à un collaborateur a tendance à renforcer son engagement plutôt qu’à provoquer sa défection.
Par ailleurs, on observe que de nombreuses entreprises se targuent de porter des valeurs nobles. Les mots “bienveillance” et “respect” sont ainsi devenus complètement galvaudés car peu d’entre elles prennent réellement la peine de les incarner. Certaines personnes, séduites par les promesses faites lors de leur entretien d’embauche, peuvent être déçues en découvrant une réalité bien différente. Il y a donc une vraie carte à jouer pour adapter votre discours à la réalité de votre management et ainsi créer une vraie relation de confiance.
Tout cela rejoint des notions de marque employeur dont vous êtes partie prenante en tant que manager et DSI.
Quels conseils pratiques peut-on suivre pour manager efficacement une DSI ?
La composition d’une DSI peut être pleine de surprises, sans que l’on ait toujours la parfaite maîtrise dessus. Il arrive que l’on “hérite” de l’organisation en prenant la fonction, ou alors ce sont les évolutions de la structure de l’entreprise qui impactent directement l’équipe. Il faut donc composer avec et mener une transition progressive.
- Gérer le management à distance
Depuis la pandémie de COVID19, le télétravail est devenu une vraie réalité et les équipes IT sont particulièrement concernées. Les nouvelles générations sont demandeuses d’un meilleur équilibre de vie qui se traduit par plus de flexibilité horaire et une réduction du temps de transport. Le télétravail est donc un vrai atout dans la manche d’un DSI pour attirer et fidéliser les meilleurs talents et élargir son bassin de recrutement. Plus largement, il est assez fréquent que les équipes soient réparties sur plusieurs sites, sur un territoire assez grand (France voire international), avec parfois des correspondants ou petites équipes qui assurent une présence sur les diverses implantations de l’organisation. Pour toutes ces raisons, et sans négliger les vrais temps de partage physiques en présentiel, il est essentiel de mettre en place des outils et des rituels qui favorisent la collaboration à distance afin de pouvoir inclure tous ces aspects et ainsi prévenir les risques de décrochage.
- Recruter meilleur que soi
Le métier d’un DSI est …manager. La technique et l’expertise ne sont plus son cœur de métier, l’objectif étant pour lui de prendre de la hauteur sur tous les sujets pour mieux animer l’équipe et piloter l’organisation. Un bon DSI doit donc savoir s’entourer et ne pas craindre de recruter de très bons experts, auprès desquels il sera possible de déléguer facilement des sujets aussi bien stratégiques qu’opérationnels, sans oublier le management intermédiaire, pour se consacrer à son cœur de métier : le pilotage stratégique et le management.
- Être le garant et le promoteur de son équipe en interne
Un DSI est le représentant de son équipe au sein de l’entreprise, au niveau global de l’organisation. Sur une activité souvent mal comprise car technique donc peu accessible, il est d’autant plus primordial qu’il suive et comprenne le travail de ses différentes équipes, leurs besoins éventuels pour les défendre et les expliquer en transverse. Et même plus : il gagnera des points en étant promoteur de l’action menée par son équipe, en valorisant sa contribution, en mettant en avant celles et ceux qui la compose. De quoi booster la fierté d’appartenance à la DSI et l’engagement de chacun !
- Créer du lien entre générations
Les écarts d’âge au sein d’une DSI peuvent être importants, les jeunes générations – formées aux nouvelles méthodes et technologies – côtoyant des informaticiens plus seniors. Il est alors possible que des désaccords et incompréhensions se créent au sein des équipes, en raison de ce fossé générationnel. Des actions simples et ciblées peuvent être mises en place pour prévenir ce risque, comme par exemple des programmes de transmissions en binôme, afin que chaque génération se nourrisse des apports de l’autre pour son travail. Il est aussi important de sensibiliser vos managers d’équipe à l’importance d’adapter son management à chaque profil. Les besoins en organisation de travail et en évolution de carrière et de compétences sont probablement différents, mais tous importants à prendre en compte.
Ainsi, à l’image d’une équipe, le management d’une DSI est pluriel. Retenons cependant qu’un bon manager est avant tout une personne qui a complètement intégré la fonction de pilote, facilitateur et animateur de son équipe. Cela nécessite des qualités humaines spécifiques et une posture qui garantira le succès des sujets à mener en interne et en transverse de l’organisation. Cela implique enfin, et surtout, de savoir tirer partie des atouts de son équipe, et donc de bien la connaître, pour créer une vraie dynamique bénéfique à toute l’entreprise.


