Les méthodes traditionnelles de gestion de projet, dites aussi séquentielles ou prédictives, organisent le projet en phases linéaires où chaque étape dépend de la précédente. Elles s’appuient sur un cadrage prévisionnel strict : le cahier des charges du projet est défini en amont et validé avant toute réalisation. Ce modèle a émergé dans les secteurs industriels (manufacturier, construction) et militaires, où les modifications en cours de réalisation sont très coûteuses.
Aujourd’hui, ces approches visent les projets où les exigences sont bien comprises et stables dès le départ. Elles s’adressent notamment aux organisations exigeant un fort contrôle et une traçabilité rigoureuse (ex. DSI de grandes entreprises, secteur bancaire ou défense).
Cycle en cascade (Waterfall)

La méthode Waterfall (en cascade) est une approche linéaire et séquentielle du projet. Elle découpe le cycle de vie en phases distinctes (ex. expression des besoins, conception fonctionnelle, réalisation, tests, déploiement, maintenance).
Chaque phase produit des livrables clés : par exemple, un cahier des charges à l’issue de la phase Exigences, des spécifications et documents de conception après la phase Analyse/Conception, le logiciel développé lors de la phase Réalisation, ainsi que des rapports de tests lors de la phase de Validation.
Le pilotage est très encadré : on suit généralement la progression dans un diagramme de Gantt , avec des jalons et des revues de phase formelles. Les ressources (temps, budget, équipes) sont allouées de façon prédéfinie, et chaque phase exige des livrables validés avant de continuer.
Quels sont les avantages et inconvénients du Waterfall ?
Le principal avantage du modèle Waterfall est sa planification claire et détaillée. Dès le départ, il offre une vision précise du planning et des ressources, ce qui facilite l’engagement des équipes sur des objectifs bien définis. La forte documentation (cahier des charges, spécifications, rapports de tests) garantit une traçabilité et une connaissance reproduisible du projet. Ce cadre convient aux projets aux besoins stables et parfaitement identifiés d’avance.
En revanche, cette rigidité implique peu de marge de manœuvre pour les changements : une fois une phase validée, il est coûteux d’y revenir. Le modèle Waterfall souffre d’un manque de flexibilité et ne tolère pas les modifications majeures en cours de route. En cas de retard ou d’imprévu sur une activité, l’impact se répercute sur tout le planning. De plus, l’assurance qualité intervient assez tard, au stade des tests finaux : une erreur détectée tardivement peut entraîner des corrections complexes.
Cycle en V

Le cycle en V est un modèle séquentiel qui étend la cascade en renforçant la validation à chaque étape. Chaque phase de conception (descendante) est liée à une phase de test correspondante (ascendante).
Par exemple, on effectue les tests unitaires après la conception détaillée du module, des tests d’intégration après la définition complète de l’architecture, etc. Le cycle en V détaille les phases clés (étude préalable, spécifications, conception, implémentation, tests unitaires/intégration, validation finale) en insistant sur les flux de validation.
Les livrables incluent des documents de spécifications et de validation à chaque jalon. Comme pour Waterfall, on utilise souvent un diagramme de Gantt pour piloter l’avancement, mais l’accent est mis sur la conformité entre chaque conception et les tests associés.
Quels sont les avantages et inconvénients du cycle en V ?
Les principes sont les règles fondamentales qui déterminent si un projet est véritablement conduit selon PRINCE2. Ils ne sont pas optionnels :
Ce modèle est recommandé lorsque les besoins sont très clairs et stables, et lorsqu’il faut respecter de hauts standards de qualité ou des normes métiers. La validation continue donne aux équipes une vision précise de la qualité à chaque étape.
En revanche, comme la cascade, le cycle en V reste très rigide. Les modifications de spécifications sont difficiles à absorber car toute redéfinition nécessite de réviser les phases aval de test. Cette méthodologie est moins adaptée aux environnements changeants : son « effet tunnel » impose des itérations longues avant détection des écarts.
Elle requiert par ailleurs une capacité documentaire importante et un pilotage formalisé (revues de phase, comités), ce qui peut alourdir le processus pour certains projets.
Méthode PRINCE2
PRINCE2 (PRojects IN Controlled Environments) est une méthode très structurée de pilotage de projet, née au Royaume-Uni en 1996 et désormais répandue dans le monde entier. Contrairement à un simple modèle séquentiel, PRINCE2 définit un référentiel complet comportant 7 principes, 7 processus et 7 thèmes (pratiques) qui couvrent l’ensemble du cycle de vie.
Quels sont les 7 principes structurants de PRINCE2 ?
La tendance 2026 montre pourtant un mouvement clair : un alignement méthodologique devient un levier de performance. L’adoption de cadres communs – qu’il s’agisse de l’agilité, du portefeuille projets, des modèles hybrides, ou de référentiels maison – permet d’accélérer la montée en maturité, de faciliter les passations, de renforcer la communication inter-équipes et de fiabiliser le pilotage par la donnée numérique pour augmenter la productivité.
- Justification continue du projet : un projet n’a de sens que s’il reste économiquement viable tout au long de son exécution
- Apprentissage par l’expérience : chaque projet capitalise sur les leçons passées et documente les enseignements acquis.
- Rôles et responsabilités définis : chaque acteur connaît son périmètre d’action et sa contribution à la réussite collective.
- Pilotage par étapes : le projet est découpé en phases contrôlées, chacune sanctionnée par une décision de poursuite.
- Management par exception : la gouvernance repose sur des tolérances (coût, délai, périmètre, qualité, risque), permettant un pilotage sans micro-gestion.
- Focalisation sur les produits : la priorité est donnée aux livrables attendus et à leur qualité plutôt qu’à la simple exécution des tâches.
- Adaptation à l’environnement : PRINCE2 doit être ajustée à la culture, à la taille et à la complexité du projet.
Comment les 7 thèmes régissent-ils la méthode PRINCE2 ?
Les thèmes structurent la gestion du projet. Ils définissent ce qu’il faut contrôler pour garantir la cohérence et la qualité globale :
- Business Case : assurer la justification économique et la valeur ajoutée du projet.
- Organisation : préciser les rôles, la structure de gouvernance et les circuits de décision.
- Qualité : formaliser les critères, standards et processus de validation des livrables.
- Plans : définir la feuille de route, les ressources et les jalons clés.
- Risques : anticiper les incertitudes et encadrer la gestion des aléas.
- Changement : maîtriser les demandes de modification et leurs impacts.
- Progression : suivre l’avancement, produire les rapports de performance et décider des suites à donner.
De quelle manière les 7 processus PRINCE2 rythment le cycle de vie du projet ?
Les processus décrivent la dynamique du projet selon PRINCE2 — de son amorce à sa clôture. Chacun correspond à une étape clé et à des responsabilités précises :
- Mise en place du projet (Starting up a Project) : évaluer la faisabilité et définir les grandes lignes avant tout engagement.
- Initiation du projet (Initiating a Project) : bâtir le référentiel de pilotage (Project Initiation Documentation).
- Pilotage du projet (Directing a Project) : permettre au comité de pilotage de décider, valider et arbitrer les grandes orientations.
- Contrôle d’une étape (Controlling a Stage) : suivre l’avancement opérationnel et gérer les écarts au quotidien.
- Management de la livraison des produits (Managing Product Delivery) : organiser et encadrer la production des livrables.
- Management des frontières d’étape (Managing a Stage Boundary) : préparer la phase suivante et valider les livrables intermédiaires.
- Clôture du projet (Closing a Project) : vérifier la conformité, mesurer les bénéfices et formaliser les enseignements.
L’approche est axée sur les produits : on planifie en fonction des livrables à obtenir, en découpant le projet en étapes gérables. À chaque étape (démarrage, contrôle des étapes, livraisons, clôture, etc.), des comités de pilotage valident l’avancement, assurant ainsi un contrôle continu.
Quels sont les avantages et inconvénients de PRINCE2 ?
PRINCE2 offre l’atout d’un contrôle rigoureux et d’une gouvernance forte. Cette méthode force la justification permanente du projet (business case) et organise la gestion des risques et des changements. Son objectif est de donner aux équipes un meilleur contrôle des ressources, d’atténuer les risques et d’analyser la rentabilité du projet.
Ce formalisme permet notamment de maîtriser les budgets et de tenir les jalons fixés. Cette méthode s’adresse à des projets de grande envergure ou à fort enjeu (par exemple dans la finance ou les marchés publics) où la conformité et la communication entre acteurs sont primordiales.
En contrepartie, PRINCE2 implique une documentation abondante et un cadre formel parfois lourds. On doit tenir une multitude de registres (cas d’affaires, registre des risques, journal de bord…) et rédiger de nombreux rapports intermédiaires. Cette exigence documentaire, souvent critiquée, peut être perçue comme excessive et ralentir la réactivité. De plus, PRINCE2 applique les mêmes processus standards à tous les projets, ce qui le rend moins flexible.
Enfin, la maîtrise de PRINCE2 requiert généralement une formation dédiée : sans connaissance préalable de cette méthodologie, il est difficile d’en tirer parti efficacement.
En résumé, PRINCE2 est un cadre puissant pour les projets complexes mais peut sembler bureaucratique si l’organisation ne dispose pas de la maturité nécessaire à sa mise en œuvre.
Autres approches traditionnelles : PERT/CPM

Les méthodes PERT/CPM sont des techniques de planification et d’ordonnancement, souvent utilisées en complément d’un découpage en phases. Le diagramme de PERT (« Program Evaluation and Review Technique ») est un outil visuel qui modélise un projet sous forme de réseau de tâches. Chaque tâche est estimée en durée (trois estimations : optimiste, la plus probable, pessimiste dans PERT), puis reliée aux tâches dépendantes.
La méthode PERT aide à identifier le chemin critique, c’est-à-dire la séquence des tâches déterminant la durée minimale du projet.
La méthode CPM (Critical Path Method) fonctionne sur le même principe en utilisant une durée fixe par tâche.
Ces approches produisent des livrables de planification : réseau PERT, calendrier associé, liste des tâches avec marges. Le pilotage se concentre alors sur le respect du planning optimisé : on suit l’avancement de chaque tâche, on met à jour le chemin critique et on réaffecte des ressources si nécessaire.
PERT/CPM sont notamment employés pour les projets complexes comportant de nombreuses tâches parallèles et où la maîtrise temporelle est cruciale.
Quels sont les avantages et inconvénients de PERT/CPM ?
Les diagrammes PERT/CPM offrent une vue d’ensemble précieuse. Ils font clairement apparaître les dépendances entre tâches et le chemin critique du projet, ce qui permet d’estimer précisément la durée et de gérer les marges.
En utilisant trois estimations de durée (cas optimiste, le plus probable, pessimiste), PERT affine l’estimation globale. Les gestionnaires de projet peuvent ainsi repérer les tâches pouvant être retardées sans affecter la date finale.
En revanche, ces méthodes demandent des estimations fiables et un investissement en temps pour construire le réseau. Si les durées sont mal évaluées, la précision s’en trouve affectée.
Les diagrammes PERT/CPM peuvent être complexes à mettre à jour et à expliquer aux parties prenantes. De plus, comme ils supposent que chaque tâche termine avant la suivante, ils restent peu flexibles face à des modifications de dernière minute.
Néanmoins, ils demeurent d’excellents outils de planification pour des projets à forte complexité ou à criticité temporelle élevée.
Avantages et limites des méthodes traditionnelles de gestion de projet
| Méthode | Atouts clés | Limites majeures |
|---|---|---|
| Waterfall | Planification détaillée, budget et délais maîtrisés, forte conformité (chaque phase est validée avant de passer à la suivante). Documentation exhaustive qui sécurise le client. | Rigidité extrême : effet tunnel (le produit n’est livré qu’en fin de projet) et difficulté à intégrer des changements en cours. |
| Cycle en V | Renforce la qualité et la fiabilité par des tests systématiques à chaque phase (garantie de conformité). | Faible adaptabilité et lourdeur documentaire : chaque modification nécessite un retour en arrière complet, avec les retards induits. |
| PRINCE2 | Contrôle de projet très structuré : pilotage par comités, focus sur le business case, gestion des risques et ressources optimisée. S’applique à tout type de projet selon son contexte. | Documentation fournie à chaque étape (registres, rapports). Processus formalisés, peu flexibles (les mêmes phases s’appliquent à tous les projets) et nécessite souvent une formation spécifique. |
| PERT / CPM | Optimisation fine des délais de projet et repérage des chemins critiques. Utile en planification détaillée de grands projets. | Complexité mathématique et logique importante. Outil plutôt réservé aux très grands projets industriels. |
Comment choisir la méthode adaptée au projet et à l’entreprise ?
Il n’existe pas de méthodologie universelle : le choix dépend de la nature du projet, de son contexte, des ressources et des contraintes (budget, délais, réglementation…).
Chaque approche a ses forces et ses limites, et il s’agit de sélectionner celle qui maximisera la valeur délivrée. Dans certains cas, il faudra même envisager de passer à un modèle gestion de projet agile ou hybride (voir notre article à ce sujet) Plusieurs critères doivent guider la décision :
- Stabilité du besoin – Si le périmètre fonctionnel est clair et figé (cahier des charges stable), les méthodes traditionnelles (Waterfall, cycle en V, PRINCE2) sont adaptées car elles garantissent un haut niveau de contrôle et de traçabilité. En revanche, si le périmètre est susceptible d’évoluer, on privilégiera des méthodes plus agiles (Scrum, Kanban, etc.) pour intégrer plus facilement les changements.
- Criticité et réglementation – Dans les secteurs fortement régulés (santé, défense, finance, etc.), ou pour des projets ayant des exigences de conformité accrues, il est recommandé d’utiliser le cycle en V, PRINCE2 ou un cadre hybride adapté. Ces approches formelles facilitent la conformité aux normes et garantissent la qualité des livrables tout au long du processus.
- Maturité méthodologique – L’expérience de l’organisation avec l’agilité et les pratiques projet influence le choix. Une DSI peu rompue à l’agilité pourra débuter avec une méthode hybride (ex. Water-Scrum-Fall ou PRINCE2 Agile) qui introduit des itérations tout en maintenant un cadre connu. À l’inverse, une entreprise déjà mature en agile privilégiera des méthodes itératives pures (Scrum, Kanban) voire des frameworks à grande échelle (SAFe, DAD) si de nombreuses équipes doivent être coordonnées.
- Rôle du pilotage (PMO / DSI) – Le choix doit être une décision partagée entre les parties prenantes clés : sponsor métier, chef de projet, PMO et DSI. Le PMO (Project Management Office) joue souvent un rôle de facilitateur pour comparer les approches et en préconiser une ou plusieurs. Le DSI, avec les architectes SI, veille à ce que la méthode retenue soit cohérente avec la stratégie informatique de l’entreprise, les capacités techniques de l’équipe et les autres projets en cours.
- Taille et complexité du projet – Un petit projet à faible risque peut se contenter d’une approche simple (waterfall ou même une gestion de projet informelle), tandis qu’un programme multi-équipes exigera un cadre plus robuste (par exemple un couplage PRINCE2/Agile ou un framework à grande échelle comme SAFe ou DAD). Pour les projets très importants, le recours à des méthodes formelles ou hybrides permet de cadrer les responsabilités et d’optimiser la gouvernance.
En somme, il est conseillé de voir ces méthodes comme des boîtes à outils plutôt que des recettes fixes : on en retient les bonnes pratiques utiles au contexte. Une analyse lucide des besoins – en impliquant sponsors, PMO, DSI et parties prenantes – permettra de choisir le ou les cadres les mieux adaptés.
Conclusion
En synthèse, les méthodes traditionnelles (Waterfall, cycle en V, PRINCE2…) restent pertinentes pour les projets exigeant un fort cadrage et une maîtrise rigoureuse des coûts et risques. Elles ont fait leurs preuves dans les environnements industriels et réglementés, en offrant transparence et contrôle.
Toutefois, leur rigidité nécessite de ne les retenir qu’en connaissance de cause : la clé est d’évaluer précisément le contexte projet et l’objectif final. Aucune approche n’est parfaite : il s’agit de maximiser la valeur délivrée tout en respectant les contraintes de l’entreprise.
Aujourd’hui, de plus en plus de DSI et de PMO adoptent des formes hybrides mêlant le meilleur des deux mondes. L’important reste de garder une vision claire des principes clés : planifier ce qui peut l’être, fournir une documentation suffisante, favoriser la communication entre les acteurs et laisser une marge de manœuvre pour les imprévus.
En définitive, le succès d’un projet repose autant sur le choix judicieux de la méthode que sur sa mise en œuvre adaptée au contexte spécifique de l’entreprise et du projet.
Dans cette perspective, les outils de PPM conçus pour les DSI tels qu’Abraxio, jouent un rôle structurant : ils permettent d’assurer un suivi global, homogène et unifié du portefeuille de projets, quel que soit le cadre méthodologique choisi. Cette cohérence outillée facilite l’analyse, renforce la visibilité et contribue à une gouvernance plus solide, indépendamment du « chemin » retenu pour exécuter les projets.


