Finis, les clichés et l’image de paperasserie poussiéreuse, souvent associés au secteur de l’assurance ! Le cycle de changements majeurs entamé il y a quelques années se poursuit et s’accélère. L’IA et la cybersécurité ne sont pas les seuls défis que les directions des systèmes d’information (DSI) doivent relever aujourd’hui. Le SI sous-tend tous les process des entreprises, depuis la vente jusqu’à l’évaluation des risques et la prédiction. L’IT est vecteur d’innovation, de différenciation et de business. Au cœur de ces bouleversements passionnants et complexes, le DSI joue un rôle central et pilote la transformation. S’il assure, c’est lui qui préfigure nos assureurs de demain.
Par Samuel Revenu, co-fondateur et CEO d’Abraxio. Ancien DSI dans l’assurance, il partage son expérience et échange au quotidien avec les DSI et acteurs de la transformation numérique.
Impossible de ne pas se passionner pour le secteur de l’assurance, surtout lorsque l’on est technophile ! Les technologies de l’information (IT) sont omniprésentes dans toutes les activités d’un assureur : la vente, la relation client et la gestion des sinistres l’évaluation et la modélisation des risques, le calcul tarifaire et l’adaptation continue des offres. Avec la banque et l’e-commerce, l’assurance est le secteur dans lequel le système d’information et les enjeux de la digitalisation sont les plus prégnants. La chaîne de valeur est digitalisable — et digitalisée — de A à Z. Les bouleversements sont récents, les cycles d’évolution de plus en plus rapides, la transformation loin d’être achevée.
Ce qu’il est essentiel de comprendre dans la relation entre ce marché de masse et le numérique, c’est qu’aujourd’hui l’IT est devenu un vecteur majeur d’innovation, donc de différenciation et de business. Les produits proposés par les assureurs à leurs clients sont souvent standards et complexes. La souscription est un achat contraint. Mais ce qui simplifie le parcours de vente, améliore l’expérience utilisateur et permet de mieux tarifer le risque, c’est la tech. Les choix technologiques et les avancées qu’ils induisent sont cruciaux pour faire la différence entre les compétiteurs et donner de la valeur aux offres.
Le sujet de l’IT est donc central. Cela n’est pas nouveau, mais la pression concurrentielle s’intensifie, et le secteur accélère sa transformation. En se projetant dans l’avenir et en anticipant les évolutions réglementaires, technologiques et sociétales, les DSI pilotent ce changement : elles sont au carrefour stratégique de tous les métiers de l’entreprise et du management de l’innovation. Leur rôle est cardinal. Les défis à relever sont passionnants sur le plan intellectuel. Et leurs enjeux, multiples ! À la tête de ses équipes internes, souvent renforcées par des prestataires extérieurs, le DSI va permettre aux assureurs de se positionner durablement à la pointe de l’innovation et de la satisfaction client. À condition, bien sûr, qu’il assure !
La résilience reste le socle, l’IA devient le moteur
On le sait : ce secteur d’activité est très réglementé. Avec l’escalade des attaques cyber, et la prise de conscience aiguë des enjeux de souveraineté numérique liée au contexte géopolitique, la cadence du régulateur européen va crescendo : RGPD en 2018, directives NIS 1 et 2 en 2022 et 2023, EU AI Act en 2024, entrée en application de la réglementation DORA en janvier 2025… Ces textes qui encadrent la gestion des risques liés aux TIC et protègent les données des clients ont un impact direct sur les DSI. Elles ont dû se réorganiser et adapter leur fonctionnement autour de la conformité et de la sécurité informatique.
La culture data – allant de la collecte au traitement jusqu’à la protection de la donnée – déjà profondément ancrée dans ce secteur, s’est encore consolidée ces dernières années. Pour autant, des questions-clés demeurent. L’hébergement des données dans un cloud européen souverain est au centre des préoccupations. Ainsi, si des initiatives émergent au sein de l’UE, elles offriront une véritable opportunité aux acteurs de l’assurance.
La cybersécurité est plus que jamais un sujet central pour les DSI des assureurs. La culture du risque et de la conformité doit entrer dans l’ADN des équipes et marquer de son sceau tous les projets et métiers de l’entreprise, à tous les niveaux, stratégiques et opérationnels.
Reste qu’après des années centrées sur la conformité et la résilience, c’est l’IA qui s’impose comme « LE » sujet incontournable de 2026. Comment l’intelligence artificielle, porteuse de promesses et de ruptures, peut-elle et va-t-elle redessiner les contours de la transformation digitale du secteur ?
Certes, son usage suscite des réactions très antagonistes, selon l’étude sur la digitalisation et l’IA dans l’assurance, réalisée en mars 2025 par l’Argus de l’assurance, en partenariat avec Capgemini. Mais au-delà de l’IA agentique et de ses chatbots qui automatisent la relation client en le rendant autonome, l’intelligence artificielle permettra de mieux évaluer les risques, grâce à une analyse plus précise des données. Ainsi, les outils d’IA vont redéfinir le rôle des actuaires, en affinant calculs et prévisions.
Aujourd’hui, les assureurs expérimentent et tâtonnent encore. Mais, la course de vitesse est bel et bien lancée. Dans les années à venir, l’IA deviendra la prochaine arme de différenciation sur un marché ultra-compétitif : bien utilisée par l’homme, une fois levés les questionnements et les contradictions qu’elle soulève, elle améliorera encore la qualité du service client et l’efficacité opérationnelle avec le traitement automatisé des dossiers ; elle permettra de proposer des tarifs plus adaptés et augmentera la performance des collaborateurs.
Avec la densification de l’écosystème business et technologique, l’interopérabilité entre systèmes va continuer à s’intensifier. L’assureur est d’ores et déjà partie prenante d’un environnement dans lequel il interagit avec les distributeurs, ses partenaires et ses pairs.
La nécessaire intégration d’API dans les systèmes d’information n’est pas nouvelle. Levier de transformation digitale, l’interopérabilité favorise l’agilité et l’innovation. Elle nécessite une refonte des infrastructures technologiques pour leur permettre de communiquer efficacement entre elles. Chez les acteurs historiques du secteur, dont les systèmes d’information sont vieillissants, l’ouverture constitue un challenge que n’ont pas à relever les start-up entrantes dans le métier. Là encore, les entreprises qui sauront s’adapter auront plus de chances de réussir dans un environnement de plus en plus concurrentiel.
Les RH au secours du DSI
Et le DSI dans tout cela ? Quels sont ses besoins spécifiques face à ces mutations profondes ? Pour piloter efficacement la transformation, avec ses équipes et les directions métiers de l’entreprise, il doit renforcer ses expertises et aguerrir ses ressources : stratégique, au sein du Comex, juridique, en binôme avec la direction juridique, culture du risque, aux côtés des RSSI, et RH.
Pour tenir le rythme de la transformation et embarquer l’ensemble de ses collaborateurs, y compris les baby boomers et les moins digital natives d’entre eux, il doit compter sur les services RH de son entreprise. Car la mutation des systèmes d’information et du métier de DSI-RSI exigée par la digitalisation et les enjeux décrits ci-dessus nécessite de l’accompagnement au changement.
Des programmes de formation réguliers permettront de maintenir et de faire monter en compétences ceux qui pourraient être laissés sur le bord de la route, alors que leur expérience et leur connaissance du métier d’assureur demeurent une richesse intrinsèque au secteur.
Armées pour relever ces défis, les DSI préfigurent ce que seront nos assureurs de demain : des innovateurs champions de la satisfaction client.

Samuel Revenu
– CEO d’Abraxio


